Procès Nemmouche: les dernières informations

    La cour a prévu, pour les interrogatoires de Nemmouche et de Bendrer, trois journées complètes d’audience, de mardi en milieu de matinée à jeudi soir

    Bonjour à tous,

    nous sommes ensemble toute la journée pour suivre en direct la reprise du procès de l'attentat au Musée juif de Belgique. Vers 9h, les avocats de la défense liront leur acte de défense: la réplique de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer à l'acte d'accusation, que le parquet a exposé jeudi et vendredi derniers.

    La journée se poursuivra par l'interrogatoire des accusés. Avec une question: le principal accusé répondra-t-il aux questions de la présidente? Dans l'affirmative, pour quoi dire?

    La défense a régulièrement assuré que Mehdi Nemmouche réservait ses explications à la cour d'assises. Durant l'instruction, il avait fait appel à son "droit au silence" à de nombreuses reprises.

    Trois jours ont été réservés pour l'interrogatoire des accusés.
     
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    Les avocats arrivent petit à petit dans la salle de la cour d'assises.
    La cour fait son entrée dans la salle. Les accusés aussi. Nacer Bendrer porte une veste de survêtement noire; Mehdi Nemmouche, un t-shirt à manches longues bleu.
    La présidente Laurence Massart tance des cameramen qui filment en direction des accusés. "Ah! Vous filmez les policiers cagoulés? Je pense que s'ils portent une cagoule, c'est qu'ils ne souhaitent pas être reconnus. Tout cela m'échappe un peu", sourit-elle.
    La présidente a reçu des informations du greffe du tribunal de première instance selon lesquelles l'un des jurés a travaillé dans l'institution comme collaborateur et greffier (assumé, pas nommé) jusqu'en 2013, ainsi que comme collaborateur de plusieurs juges d'instruction. Parmi ces juges qu'il a côtoyé dans le passé, il y a Mme Bernardo-Mendez, qui a instruit le dossier de la tuerie au Musée juif. La présidente, qui a reçu cette information hier par mail, soumet la question aux parties.
    Pendant que les avocats discutent entre eux, Mehdi Nemmouche est en grande conversation avec son avocate Virginie Taelman.
    L'audience est suspendue un quart d'heure, le temps que les parties prennent attitude sur le sort à réserver au juré qui a travaillé au sein de l'institution judiciaire dans le passé.
    A noter que l'avocat de Nacer Bendrer a indiqué avant l'audience qu'il ne présenterait pas d'acte de défense. Celui des avocats de Mehdi Nemmouche fait environ 18 pages.
    Les procureurs se disent "un peu contraints de réclamer la récusation du juré", tout en lui disant "qu'il n'y a rien de personnel et qu'il est certain que le juré serait tout à fait apte à juger". "C'est une situation embarrassante."

    Me Sébastien Courtoy, avocat de Mehdi Nemmouche, souligne qu'il "n'a aucune opposition à ce que ce monsieur reste juré". "Nous avons toute confiance en ce jury", affirme-t-il.

    Ce n'est pas l'avis de l'avocat de Nacer Bendrer, Me Julien Blot: "L'impartialité, c'est aussi l'apparence. Je considère que votre appréciation, votre opinion, sera un petit peu plus subjective que d'autres, dans la mesure où vous connaissez l'une des juges d'instruction qui a travaillé sur ce dossier."
     
    Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer n'ont rien à ajouter sur ce point. La cour se retire pour délibérer.
    Procès #Nemmouche : la cour se retire pour délibérer sur l'éventuelle récusation d'un juré qui a autrefois travaillé pour la juge d'instruction en charge du dossier. #MuséeJuif #Bruxelles
    L'audience va reprendre.
    Nouveau retard... "On a manifestement des problèmes d'impression. L'audience est suspendue."

    Tout le monde reste cependant assis en attendant que le greffier refasse le trajet entre la salle de l'imprimante et la cour d'assises.

    Un membre du jury est récusé par la cour

    L'arrêt de la cour souligne que le juré a travaillé jusqu'en 2012/2013 avec et pour l'une des deux juges d'instruction chargée du dossier, Mme Berta Bernardo-Mendez. En l’occurrence, le juré récusé a pu avoir connaissance dans le cadre de son travail de pièces datant de cette époque (avant l'attentat, donc), mais versée ensuite au présent dossier.
     
    "Les éléments (sur son parcours professionnel) auraient dû être indiqués par le juré au moment de la constitution du jury", expose la cour. Le juré est dans l'impossibilité de siéger et est remplacé par un suppléant.
     
    "Monsieur le juré, je tiens à m'adresser à vous pour souligner qu'il n'y a rien de personnel à cela, mais que ça tient de votre parcours professionnel", déclare Laurence Massart, la présidente de la cour.
    L'audience est suspendue pour le temps de midi et reprendra (commencera réellement, dirions-nous...) à 13h30.
    Reprise de l'audience au procès de l'attentat au Musée juif.
    Me Henri Laquay commence la lecture de l'acte de défense de Mehdi Nemmouche.
    Me Laquay: "Mehdi Nemmouche n'est pas la personne qui a appuyé sur la détente. Nous en possédons la, ou plutôt les, preuves. Nous allons vous en exposer les premiers éléments. Mehdi Nemmouche n'est pas le tueur. D'autres preuves vous serons présentées au cours du procès, à l'occasion du témoignage de tel ou tel. Enfin une synthèse complète de toutes les preuves et de tous nos arguments vous seront présentés à l'occasion de notre plaidoirie."
    "Preuve n°1: les caméras de surveillance montrent que le tueur à manipulé par trois fois la porte d'entrée du Musée. Or, aucune trace ADN de Mehdi Nemmouche ne se trouve sur cette porte." Me Laquay cite un enquêteur qui, dans un PV, souligne que le tueur ne porte pas de gants.
    Voici une image du tueur issue d'une caméra de surveillance du Musée, alors qu'il tend son arme vers l'intérieur, et se tient devant la porte d'entrée.
     
    Document Le Soir.
     
    "Enfin, il faut encore préciser au jury que les enquêteurs ont analysé les empreintes digitales sur cette même porte. L'ADN et les empreintes ont démontré que Mehdi Nemmouche n'est pas le tueur du Musée juif. Il aura fallu deux heures à l'accusation pour lire son acte, il n'aura pas fallu 10 minutes à la défense pour démontrer que ce n'est pas la bonne personne qui se trouve dans le box des accusés. Il manque à l'accusation la reine des preuves, la preuve scientifique. La défense demande donc respectueusement au jury d'acquitter Mehdi Nemmouche", lance Henri Laquay.
    Henri Laquay. Photo Belga.
     
    "Vous savez à présent que Mehdi Nemmouche n'est pas le tueur", martèle à plusieurs reprises Me Laquay.
    "Preuve numéro 2: l'ADN ou les empreintes digitales de Mehdi Nemmouche ne se trouvent pas sur le pistolet. Ce qui montre bien qu'il n'est pas le tireur du Musée juif."

    Me Laquay avance que, lorsque Mehdi Nemmouche a été mis en contact avec le sac contenant les armes (ils s'en expliqueront plus tard), l'intéressé a manipulé la kalashnikov pour vérifier qu'elle n'était pas chargée voire chambrée, raison pour laquelle des traces de lui se trouvent sur cette seconde arme. En revanche, il n'en aurait pas fait de même avec le revolver.

    "On sait que le tueur a actionné la détente du revolver à plusieurs reprises pour assassiner Miriam Riva, Emanuel Riva et Alexandre Strens. Le tueur a dû nécessairement laisser des empreintes ou des traces ADN sur la crosse et la détente du revolver", selon l'avocat de Mehdi Nemmouche. "L'accusation a oublié de vous expliquer pourquoi aucune trace de Mehdi Nemmouche ne se retrouve sur cette arme."
    Voici les photos des deux armes ayant été utilisées pour tuer les quatre victimes le 24 mai 2014 au Musée juif. 
    Document Le Soir.
    Document Le Soir.
     
    Virginie Taelman présente la "3ème preuve de l’innocence de Mehdi Nemmouche": "Lors de son arrestation à Marseille, Mehdi Nemmouche portait dans sa poche, pour se protéger, le revolver. Or, s'il avait été le tueur du Musée, il aurait su que cette arme était défectueuse. En effet, sur les images de vidéosurveillance du Musée, on observe que le tueur a dirigé son arme contre Dominique Sabrier, mais qu'il y a eu un problème; l'arme n'a pas fonctionné."
    Quatrième "preuve": "Lorsque le jury verra les images de surveillance du Musée, il constatera que le tueur était surentraîné, tel un commando", déclare l'avocate de Nemmouche. Elle estime que cette attitude ne correspond pas à celle de son client qui s'est rendu sans opposer de résistance au douaniers marseillais.
    Cinquième "preuve": Me Taelman explique qu'une photo du tueur au Musée, présentée à des connaissances de Mehdi Nemmouche, "a été truquée". On y aurait retiré les lunettes de soleil sur le tireur. "Or vous constaterez que le tireur n'a jamais retiré ses lunettes."
    Me Taelman estime que ce "trucage", l'absence de réponse des enquêteurs à leurs questions et le refus de la présidente d'entendre certains enquêteurs, "prouve que cette tuerie n'est pas un attentat de l'Etat islamique mais un assassinat ciblé contre des agents du Mossad".
     
    Par conséquent, la défense rejette également les photos "du prétendu repérage de Mehdi Nemmouche la veille de la tuerie", car "elles émanent des mêmes services de police qui ont retiré des lunettes de soleil et créé des yeux et des sourcils sur le visage du tueur".
    Me Taelman évoque maintenant l'arrestation et l'inculpation de Nacer Bendrer, le coaccusé assis à côté de son client. Elle s'étonne de la remise en liberté un an après son arrestation. "La réponse est simple: les magistrats n'ont jamais vraiment cru que Nacer Bendrer livrait des armes et des munitions à des terroristes et qu'il risquait de recommencer. Ils l'ont libéré pour qu'il affirme que Mehdi Nemmouche lui avait demandé des armes."
     
    En clair, la défense accuse les enquêteurs d'avoir mis la pression sur Nacer Bendrer afin de lui arracher des déclarations contre Nemmouche.
    Me Laquay reprend la parole pour parler des journalistes otages en Syrie. Il insiste sur le fait qu'un procès aura lieu en France: "Si Mehdi Nemmouche devait s'être rendu coupable de faits, il sera condamné pour cela en France. Mais il n'a pas à en payer le prix deux fois." Me Laquey met en suite en doute "l'authenticité" des témoignages à venir des quatre journalistes. "Nicolas Hénin éprouve le besoin d'attaquer jusqu'aux avocats de la défense sur les réseaux sociaux", dit-il.
     
    Ainsi s'achève la lecture de l'acte de défense.
    Résumé des différents arguments avancés par la défense de Mehdi Nemmouche:
     
    • Pas de trace ADN ou papillaire de Nemmouche sur la porte du Musée
    • Pas de trace ADN ou papillaire de Nemmouche sur le revolver Llama
    • Mehdi Nemmouche portait sur lui à Marseille le revolver, or s'il était le tueur il aurait dû savoir que cette arme était défectueuse
    • L'attitude de Nemmouche lors de son interpellation à Marseille ne correspond pas à celle, déterminée et professionnelle, du tueur du Musée juif
    • Une image qui se trouve dans le dossier d'instruction et présentée à des témoins a été falsifiée par les enquêteurs (suppression des lunettes de soleil sur le visage du tueur). La défense rejette donc également les images du possible repérage de Mehdi Nemmouche la veille de l'attentat
    • Les déclarations de Nacer Bendrer contre Mehdi Nemmouche ont été obtenues sous la contrainte et sont le résultat d'un marché passé entre les magistrats instructeurs et le présumé fournisseur des armes
    • Les témoignages des journalistes otages en Syrie sont empreints d'un sentiment de vengeance et n'ont pas lieu d'être dans ce procès-ci.
    Me Sébastien Courtoy demande une descente de la cour au 31 de la rue des Chandeliers, adresse proche du Musée juif, "et qui a été louée sous une fausse identité" à l'époque des faits.
    La défense de Nacer Bendrer réplique à l'accusation de l'autre partie: "Il n'y a jamais eu de marché passé avec le parquet!"
     
    Les avocats de Nacer Bendrer en veulent pour preuve que les déclarations de leur client contre Mehdi Nemmouche étaient postérieures à sa libération. "Dans ces conditions, de quel prétendu marché parlent-ils?"
    Me Christophe Marchand, l'avocat d'Unia, fait lui-aussi un commentaire sur l'acte de défense de Mehdi Nemmouche. "Les prétendues 'preuves scientifiques' n'ont de scientifiques que le fait qu'on les qualifie de scientifiques."
     
    L'avocat explique notamment comment il est possible qu'on n'ait pas formellement identifié l'ADN sur la porte.
     
    "J'ai pris la parole parce que c'est assez choquant: ce sera comme ça tout le long du procès. On vous fera avaler des couleuvres, on vous présentera des preuves scientifiques qui n'en sont pas", lance Me Marchand.
    L'interrogatoire des accusés va commencer.
    - La présidente: "Monsieur Nemmouche, reconnaissez-vous avoir, le 24 mai 2014, utilisé deux armes pour tirer sur quatre personnes au Musée juif de Belgique?"
    - Mehdi Nemmouche: "Non."
    - La présidente: "Reconnaissez-vous avoir été porteur d'un fusil d'assaut au printemps 2014 avec ses munitions?"
    - M. Nemmouche: "Oui."
    - La présidente: "Et avoir détenu un revolver de calibre 38?"
    - M. Nemmouche: "De type 38 spécial, oui."

    Mehdi Nemmouche ne souhaite pas "dans un premier temps", répondre aux questions de la présidente

     
    Après avoir répondu par oui ou non aux trois questions essentielles du dossier, Mehdi Nemmouche a motivé son intention "de ne pas répondre aux questions dans un premier temps". Il laisse le soin à ses avocats de répondre pour lui. Ce à quoi Laurence Massart réplique que l'interrogatoire ne s'adresse qu'aux accusés, pas à leurs avocats ou quiconque d'autre.
     
    Mehdi Nemmouche dit regretter que la présidente ait "expurgé de la liste des témoins la quasi totalité des personnes réclamées par la défense. Dans ces conditions, je ne suis pas en mesure de me défendre convenablement", a-t-il estimé. "Etant donné que toutes les personnes qui auraient pu apporter une version aux antipodes de celle de l’accusation ne seront pas entendues, je ne répondrai pas aux questions."
     
    Il refuse donc "respectueusement" l'interrogatoire de la présidente et se rassoit.
    Nacer Bendrer répond pour sa part aux questions de la présidente. Il nie avoir fourni les armes à Mehdi Nemmouche.
    Nacer Bendrer est interrogé sur sa rencontre avec Nemmouche dans la prison de Salon-de-Provence. 
     
    Il était dans la même aile de la prison que son coaccusé "pendant trois mois". Il a pu le croiser en dehors de ce laps de temps, mais seulement au cours des promenades et activités au sein de la prison.
     
    Avec un accent du sud de la France, il assure qu'il ne faisait pas partie d'un groupe de radicaux au sein de la prison, comme l'indique un rapport qui l'identifie dans un groupe prosélyte avec Nemmouche. "Les radicaux c'est quoi? C'est des gens qui ne cautionnent rien: pas de musique, ils ont des barbes, ils voient pas de filles... C'est des gens bizarres."
    Interpellé dans un appartement bourré d'armes de différents calibres, dont certaines chambrées et prêtes à tirer, Nacer Bendrer déclare au tribunal "qu'il ne connaissait rien aux armes". Il n'était là que "pour garder l'appartement, parce qu'on [lui] avait demandé".
    L'expertise psychiatrique décrit Bendrer comme quelqu'un de vigoureux. "C'est l'avis du psychiatre. Oui, j'ai la pêche quoi", concède-t-il. Il n'y a que la prison qui lui fait perdre sa "pêche". "On m'accuse d'être un terroriste alors que j'en suis pas un. J'ai l'impression d'être [considéré] comme un pédophile. C'est normal de pas avoir la pêche", se justifie-t-il.
    La cour fait une pause d'un quart d'heure et reprendra l'interrogatoire de Nacer Bendrer ensuite. On en viendra plus concrètement aux faits.
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